Le Code du travail français liste onze jours fériés légaux, mais seul le 1er mai impose un repos obligatoire et payé à tous les salariés du secteur privé. Les dix autres jours fériés obéissent à un régime distinct, souvent méconnu, où la convention collective ou l’usage dans l’entreprise détermine presque tout. Comprendre cette distinction est le point de départ pour savoir ce que vous pouvez exiger, ou non, en 2026.
Jour férié chômé et jour férié travaillé : la distinction fondamentale
Un jour férié n’est pas automatiquement un jour de repos. Le Code du travail distingue deux catégories aux conséquences très différentes sur la paie et l’organisation.
Le 1er mai bénéficie d’un statut unique : le repos est obligatoire pour l’ensemble des salariés, sauf dans les établissements qui ne peuvent pas interrompre leur activité (hôpitaux, transports publics, industries à feu continu). Quand un salarié travaille le 1er mai, il perçoit une double rémunération, c’est-à-dire le salaire normal plus une indemnité égale. Ce régime est impératif et aucune convention ne peut y déroger à la baisse.
Pour les dix autres jours fériés (lundi de Pâques, 8 mai, Ascension, etc.), la situation diffère radicalement. En l’absence d’accord collectif, d’accord d’entreprise ou d’usage contraire, l’employeur peut demander aux salariés de travailler normalement. Aucune majoration de salaire n’est prévue par la loi pour ces jours-là.

C’est donc la convention collective applicable ou un usage établi dans l’entreprise qui crée, dans la plupart des cas, le droit au repos ou à une rémunération majorée. Vérifier son accord de branche avant de refuser de venir travailler un jour férié ordinaire reste la précaution la plus utile.
Calendrier 2026 : quels jours fériés tombent en semaine
L’impact concret d’un jour férié sur votre temps de travail dépend du jour de la semaine où il tombe. En 2026, plusieurs fériés se positionnent favorablement pour les salariés en horaires classiques, mais deux dates passent quasiment inaperçues sur la fiche de paie.
- Le 1er janvier (jeudi), le 1er mai (vendredi), le 8 mai (vendredi) et l’Ascension (jeudi 14 mai) offrent des possibilités de ponts, notamment en mai avec trois week-ends prolongés potentiels.
- Le 14 juillet tombe un mardi, ce qui ouvre la possibilité d’un pont le lundi pour les entreprises qui le pratiquent.
- L’Assomption (15 août) tombe un samedi et la Toussaint (1er novembre) un dimanche, ce qui signifie que ces deux jours ne génèrent ni repos supplémentaire ni jour chômé pour les salariés travaillant du lundi au vendredi.
- Le 25 décembre tombe un vendredi, permettant un week-end de trois jours.
Pour les salariés en semaine standard, 2026 compte donc deux jours fériés « perdus » sur les onze. Aucun texte légal n’oblige l’employeur à compenser un jour férié coïncidant avec un jour habituellement non travaillé, sauf disposition plus favorable de la convention collective.
Refus de travailler un jour férié ordinaire : ce que risque le salarié
Quand un jour férié n’est pas chômé dans l’entreprise (ni par accord collectif, ni par usage), le salarié qui décide de ne pas se présenter commet une absence injustifiée. L’employeur peut alors retenir la journée sur le salaire et, selon les circonstances, engager une procédure disciplinaire.
Le raisonnement est simple : si la convention collective ou l’accord d’entreprise ne prévoit pas le chômage de ce jour, le contrat de travail s’applique normalement. Le salarié ne dispose pas d’un droit individuel à rester chez lui.
Deux exceptions protègent toutefois certains profils. Les salariés de moins de 18 ans ne peuvent pas travailler les jours fériés, sauf dans des secteurs spécifiques comme l’hôtellerie ou la restauration. Par ailleurs, les jours fériés chômés dans l’entreprise ne peuvent pas être récupérés : l’employeur ne peut pas demander aux salariés de « rattraper » ces heures ultérieurement.
Droit local Alsace-Moselle : deux jours fériés supplémentaires en 2026
Les salariés qui travaillent en Alsace ou en Moselle bénéficient d’un régime hérité du droit local qui ajoute deux jours fériés au calendrier national. En 2026, le Vendredi saint (3 avril, dans les communes disposant d’un temple protestant ou d’une église mixte) et le 26 décembre (samedi) sont concernés.
Le 26 décembre tombant un samedi, son effet pratique pour les salariés en horaires de semaine est nul, comme pour l’Assomption au niveau national. Le Vendredi saint, en revanche, offre un jour de repos supplémentaire en semaine.
Ce régime s’applique en fonction du lieu de travail, pas du domicile du salarié. Un salarié résidant à Strasbourg mais travaillant à Nancy ne bénéficie pas des jours fériés locaux alsaciens.

Rémunération des jours fériés chômés : les règles de maintien de salaire
Quand un jour férié est chômé dans l’entreprise, le salarié perçoit son salaire habituel sans condition d’ancienneté particulière, à condition de remplir deux critères cumulatifs : avoir été présent le dernier jour de travail précédant le férié et le premier jour suivant, sauf autorisation d’absence préalable.
Cette règle de présence encadrant le jour férié vise à éviter les absences de convenance. Un salarié en arrêt maladie ou en congé payé couvrant ces journées reste protégé, puisque son absence est justifiée.
Pour les jours fériés travaillés (hors 1er mai), la rémunération dépend entièrement de ce que prévoit la convention collective. Certaines branches accordent une majoration comparable à celle des heures de dimanche, d’autres ne prévoient rien au-delà du salaire normal. Aucune majoration légale n’existe pour un jour férié ordinaire travaillé, contrairement à ce que beaucoup de salariés supposent.
La gestion de la paie en mai 2026 mérite une attention particulière pour les entreprises dont les salariés sont en forfait annuel en jours ou dont les traitements sont versés à date fixe : l’Ascension (jeudi 14 mai) et le pont éventuel du vendredi 15 mai peuvent décaler les virements dans la fonction publique comme dans certaines entreprises privées. Vérifier le calendrier de versement auprès du service paie permet d’éviter toute surprise.
Le régime des jours fériés repose sur un empilement de sources (loi, accord de branche, accord d’entreprise, usage) qui rend chaque situation particulière. Consulter sa convention collective reste le réflexe le plus fiable avant de planifier un pont ou de contester une retenue sur salaire.

